Le Goémon : Don de la Mer
Le brûlage du goémon près de la Joie dans les années 20.Comme partout en Finistère, le goémon (algues récoltées à marée basse) représentait une valeur ajoutée cruciale. À Penmarc'h, on distingue trois grandes familles :
Ramassé à pied par les agriculteurs eux-mêmes pour fumer les terres.
Récolté en barque avec le falz paw hir (longue faucille) ou le scoubidou. Destiné à l'industrie.
"Goémon dentelle". Cueilli l'été, c'est l'or rouge pour la pharmacie et l'alimentaire.
🔍 L'Œil des Anciens : Bol ou Bohol ?
Le terme commercial "Bol" désignait bien la laminaire (Laminaria digitata). Mais attention à la prononciation ! Ici, on ne disait pas "Bol" comme le récipient, mais « Bo-ol » ou même « Bohol ».
Une récolte périlleuse :
Le Bohol poussait en prairies sous-marines profondes (notamment entre Saint-Pierre et le Menhir). Contrairement au Bezin Du (Fucus) qu'on coupait à pied sec, le Bohol exigeait une dextérité rare :
- Les goémoniers travaillaient depuis leur plate mouillée au-dessus des algues.
- Ils coupaient à l'aveugle avec une faucille fixée au bout d'une longue perche.
- Le goémon remontait à la surface et devait être happé au vol avec un croc.
Au XIXe siècle, tout partait en fumée... littéralement. Le goémon séché était brûlé dans des fosses (les "fourneaux à goémon") pour obtenir des pains de soude, utilisés ensuite pour fabriquer de l'iode médicinal.
C'était une activité lucrative : en 1913, Penmarc'h produisait 1 000 tonnes de soude ! Chaque famille de la côte avait son four à Pors Carn, au Viben ou à la Joie.
En 1862, le Préfet dut interdire l'allumage des fours la nuit. Pourquoi ? Parce que les lueurs des brasiers sur la côte trompaient les navires au large, qui les confondaient avec des phares, provoquant des naufrages !
Les algues étaient remontées de la grève sur des civières.Entre les deux guerres, de véritables petites industries s'installent : « La Goémonière » à Poulgallec, ou les établissements Roussel à Kérity.
Après la guerre, place aux **alginates**. L'usine **Alga** (groupe Auby) s'installe à Saint-Pierre, au pied du phare d'Eckmühl. On y fabriquait de la poudre de fucus pour l'industrie agro-alimentaire (crèmes desserts, épaississants...).
C'était un travail saisonnier intense. L'usine recrutait même des groupes d'étudiants l'été pour pallier l'absence des marins partis à la pêche. Habillés de pilhou (guenilles), brûlés par le soleil, ces étudiants mettaient une sacrée animation le soir à Saint-Pierre !
L'usine Alga vue du haut du phare en 1948. Les tas de goémon sèchent partout dans la cour.Pour les paysans, le goémon d'épave (celui qui s'échoue) était gratuit mais disputé. Avant-guerre, le garde-champêtre devait donner le départ de la récolte au coup de sifflet pour éviter les empoignades sur la grève !
Aujourd'hui, les usines ont fermé (Quelourn, Beg an Dorchenn...), mais le ramassage du Teil Picot (lichen) continue l'été. C'est le job d'été de nombreux jeunes, payé au kilo, perpétuant des siècles de gestes sur les rochers de Saint-Guénolé.
Août 2006 : La remontée des sacs à la cale de Saint-Pierre reste une épreuve physique.


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