Le "Train Birinik"

Plus qu'un train, un trait d'union (1907-1963)
« Il était plus qu'un moyen de transport, il était le trait d'union entre l'intérieur et la côte, les gens de la ville et des champs... »
— Serge Duigou

Bien avant les cortèges de voitures les jours de match, c'est un sifflet à vapeur qui rythmait la vie de Saint-Guénolé. On l'appelait le Tren Birinik (le train des berniques) ou le Transbigouden. Pour les Cormorans comme pour les ouvrières d'usine, ce train était le cœur battant du pays.

« Quand on était gosse, on mettait des pièces sur les rails pour qu’elles soient écrasées par le train ; on croyait que comme elles étaient plus grandes après, on aurait plus de bonbons ! » Souvenirs d'enfance (Recueillis par P. Portais)
1907 : Le Problème du "Mètre"

Inaugurée le 4 juillet 1907, la ligne est née d'un besoin économique urgent : expédier le maquereau vers Paris. Mais il y avait un hic : le "Grand Train" (Paris-Orléans) roulait sur des rails larges (1,43m), alors que notre ligne locale, par économie, fut construite en "voie métrique" (1 mètre).

Résultat ? À Pont-l'Abbé, c'était la fourmilière ! Il fallait transborder les marchandises et le charbon à dos d'homme d'un train à l'autre.

Une Affaire de Famille

À Penmarc'h, le train était une histoire de clans. La famille Le Page / Bodéré tenait les manettes. Isidore Le Page, revenu de Paris pour éviter d'être muté au Mans, devint chef de train.

🗝️ La Saga des Chefs de Gare

C'était une organisation quasi-matriarcale !
À Saint-Guénolé (Gare) : Isidore Bodéré dirige la manœuvre. C'est ici qu'on tourne la locomotive à la main sur un pont roulant pour le retour !
À Kérity (Station) : C'est "Tante Marianne" (Mme Calvez) la "cheffesse".
À Penmarc'h-Bourg (Station) : Félicie Tirilly vend les billets.

« Quand le train passait à Kérity, on marquait l'arrêt pour faire monter une bigoudène en coiffe dans le fourgon… C’est elle qui apportait les clés de la gare de Saint-Gué ! »

Cochons, Noces et Touristes

Prévu pour 200 voyageurs, le train en embarquait parfois 500 les jours de foire ou de match ! C'était une tribune mobile où l'on s'entassait joyeusement.

🐷 L'Anecdote de 1910

Le journal Le Progrès rapportait avec humour : « Les voyageurs doivent partager leur place avec des seigneurs d’une catégorie spéciale : des petits cochons ! Plusieurs occupaient la première classe. Quel honneur, mais ça ne sentait pas précisément la rose ! »


💍 La Noce en Train

En 1943, pénurie d'essence oblige, la noce d'Alain Bouguéon et Elise Trebern partit faire la photo traditionnelle à Pont-l'Abbé... en train Birinik ! « Tout le monde chantait dans les wagons ! »

1947 : Le Changement de Voie

Fermée en 1939, ressuscitée par la guerre en 1941 (avec du matériel de fortune), la ligne vit sa révolution en 1947. Le Conseil Général finance la mise à voie normale pour éviter le transbordement du poisson.

Mais cette modernisation a un prix : c'est la fin officielle du transport de voyageurs. Désormais, ce sont les marchandises qui règnent. Les rails, de réemploi britannique, serpentent sur l'ancien tracé sinueux, obligeant les trains à des acrobaties dans les virages serrés de Kérity (150m de rayon !).

Le trafic escompté (40 000 tonnes) ne sera jamais atteint. En 1962, on ne transporte plus que 8 000 tonnes. Seul le printemps amenait une frénésie avec l'expédition de trains entiers de pommes de terre (15 à 20 wagons !).

🚂Fiche Technique (1947-1963)
Matériel Locomotives vapeur 3-140 H et C (Dépôt de Quimper). Vitesse limite : 40 km/h.
Trafic Marée, Conserves, et "Patates" au printemps. Matériaux de construction pour le port.
Infrastructures 17,8 km de voie. Rails "Vignole" anglais de 37kg/m. Ballast de Tréguennec.
Particularité Jamais de diesel ! La ligne a fini sa vie à la vapeur jusqu'au dernier jour.
1963 : Le Terminus

Le dernier voyage eut lieu le 29 juin 1963. Ce jour-là, la locomotive 3-140 C 102 tirait un convoi aux allures d'obsèques : deux couronnes mortuaires avaient été déposées à l'arrière du train, saluant une dernière fois la population.

Le déficit chronique et la concurrence de la route avaient eu raison du Birinik. Aujourd'hui, il ne reste que la voie verte et deux bâtiments de gare, mais la mémoire de ce trait d'union reste vive.

⏱️ Repères Chronologiques
4 Juil. 1907Inauguration (Voie métrique, 52 min de trajet).
1947Passage en voie normale. Fin officielle des voyageurs.
29 Juin 1963Dernier voyage avec couronnes mortuaires. Fermeture définitive.