23 JUIN 1940

L'Évasion du Sardinier

L'Odyssée du "Notre-Dame de Bon Conseil"

Ils ne furent pas nombreux à entendre l'Appel du 18 juin. Les postes de T.S.F étaient rares à Kérity. Mais la rumeur circulait : la France avait perdu une bataille, pas la guerre.

Alors que les affiches allemandes, placardées le 20 juin à Penmarc'h, ordonnaient aux hommes de rejoindre les casernes, une poignée de marins décida de désobéir. Leur destination : l'Angleterre. Leur moyen : un simple sardinier de 9 mètres.

Le Notre Dame de Bon Conseil aux Scilly
Le "Notre Dame de Bon Conseil" arrivant aux îles Scilly. À bord : 8 Penmarc'hais et un officier anglais.

Minuit, l'heure du départ

Au départ, ils étaient dix dans le complot. Le plan initial prévoyait d'utiliser "La Volonté de Dieu", mais Adolphe Palud se heurte au refus de son père. Le choix se reporte alors sur le bateau d'Yves Calvez ("Youenn Bihan").

Dans la nuit du 23 juin, après avoir siphonné 25 bidons d'essence sur d'autres bateaux, le groupe se réunit. Au pied du phare d'Eckmühl, un dernier conjuré abandonne la partie.

Ils sont donc huit à quitter Kérity en silence, à l'aviron pour ne pas alerter les vigies. Ce n'est qu'aux Etocs que la voile est hissée. Cap au large.

Les 8 de Kérity
Jacques COÏC
Patron
Baptiste DUPUIS
Dit "Julien"
Jean NORMAND
Alexandre BRIEC
Louis BERROU
Benjamin DREZEN
Joseph BOISSEL
Louis LOUSSOUARN
Le benjamin (20 ans)

Écoper avec des sabots

La traversée tourne vite au cauchemar. Surchargé par les hommes et les 1 250 litres d'essence, le bateau s'enfonce et prend l'eau. La pompe à main ne suffit pas.

« Tout était bon pour écoper : un seau, les sabots... et même les casquettes ! »

Après deux jours et deux nuits d'angoisse, sans vivres, ils sont enfin repérés par un avion anglais au matin du 27 juin et escortés jusqu'au port de Saint Mary's (îles Scilly). D'abord soupçonnés d'espionnage (leur breton sonnait "guttural" aux oreilles anglaises !), ils sont finalement lavés de tout soupçon et s'engagent dans les Forces Navales Françaises Libres (FNFL).

Jean Normand et De Gaulle
Le Général de Gaulle passe en revue les marins FFL. Au premier plan à gauche : Jean Normand.

Le Prix de la Liberté

Le destin dispersera l'équipage sur tous les océans. Certains ne reverront jamais le phare d'Eckmühl.

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Baptiste DUPUIS (1909-1940)

L'Enfant de Saint-Pierre : Né à Penmarc'h, orphelin de père à 14 ans (mort en mer), Baptiste est un marin aguerri. Mobilisé en 1939, mitraillé par les Allemands à Dunkerque, il était rentré à Penmarc'h par ses propres moyens... pour repartir aussitôt.

Le Sacrifice : En embarquant cette nuit-là, il laisse derrière lui sa femme Isabelle et ses deux enfants.

Quartier-maître sur l'aviso Commandant Duboc, il est mortellement blessé à son poste de combat le 23 septembre 1940 devant Dakar. Il est l'un des premiers Compagnons de la Libération.

Alexandre Briec disparaîtra en 1943 sur la corvette Roselys, torpillée. Louis Loussouarn, le benjamin, mourra aux États-Unis lors d'un stage d'aéronavale.

Les cinq autres reviendront au pays. Jean Normand, qui débarquera en Provence en 1944 et sera le premier à retrouver Penmarc'h, témoignera inlassablement de cette épopée jusqu'à son décès en 1998.

🌊 La Vague des Départs

Kérity n'était pas seul. C'est tout le littoral Bigouden qui refusait la défaite. La même nuit, au Guilvinec, le malamok "Le Korrigan" (19 hommes), le "Mouscoul" (15 hommes) et le "Petit Manuel" prenaient aussi le large vers l'Angleterre.