Les Cormorans de Penmarc’h dans la Tourmente :
Histoire, Résistance et Athlétisme (1939-1945)

D’après le livre "D'ouvrier à patron" de Pierre Boënnec
L’histoire d’un club sportif est souvent le miroir de la grande Histoire. Grâce aux mémoires de Pierre Boënnec, nous plongeons dans le quotidien des Cormorans de Penmarc’h (C.S.P.) sous l’Occupation. Une période où, entre une pêche à la sardine miraculeuse et les couvre-feux, la vie du club continuait, portée par une jeunesse qui courait vers l'avenir malgré les balles.

Le Fanion Jaune : Cible des Soldats Ivres

Dès le début de l'occupation en 1940, un duel silencieux s'installe à l'entrée du stade. Le fanion du club, jaune frappé du cormoran noir et des initiales C.S.P., flotte fièrement en haut de son mât. Une provocation insupportable pour les soldats allemands abonnés aux deux bistrots voisins, Denis et Guégaden.

Tous les jours, après leurs beuveries, ils déchargeaient leurs revolvers sur cet emblème. La cordelette brisée par les tirs, personne n'osa grimper au mât fragilisé pour le décrocher. Il resta là toute la guerre, en lambeaux, "troué et déchiré par les balles, narguant les soldats qui durent partir sans l'abattre".

« Je ne sais pas ce qu'il est devenu. Gérant le club depuis 1940, le voyant tous les jours, je m'étais mis à rêver de l'avoir en ma possession pour qu'il soit conservé, mais en vain. » — Pierre Boënnec

"Seul Lucien Larnicol manquait à l'appel"

À la Libération, alors que la vie reprenait ses droits avec une pêche abondante et des usines tournant à plein régime, l'heure des comptes sonna pour le club. Pierre Boënnec résume cette période d'une phrase poignante : « Le club ne se tirait pas si mal de la guerre. Seul Lucien Larnicol manquait à l'appel. »

Le capitaine de l'équipe, Jos Péron, avait « tenu bien haut le drapeau pendant cette épreuve ». Et quel soulagement pour tous de revoir le président Hyacinthe Moguérou (dit Claude), arrêté et déporté, revenir parmi les siens pour reprendre aussitôt sa place à la présidence.

Mais pour Lucien, le destin fut tragique. Joueur apprécié, employé de pharmacie et résistant de la première heure, il est mort en déportation, emportant avec lui une part de l'âme du club.

Le Renouveau : La "Coupe de l'Avenir"

S'il n'y eut pas de championnat officiel en cette saison 1945, l'esprit de compétition renaissait. À l'initiative de Victor de Cadenet fils, une compétition symbolique vit le jour : la « Coupe de l'Avenir » entre clubs voisins.

Ce dynamisme contamina toutes les disciplines. Car les Cormorans, ce n'était pas que du football ! Basket, natation, tennis de table... et surtout l'athlétisme brillaient de mille feux.

Photo collective des athlètes des Cormorans
La section athlétisme, fierté de Penmarc'h dans les années 40.

On vit éclore de véritables champions locaux :

  • Pierre Draoulec, sacré champion de Bretagne de marche sur 5 km (cadets) et 10 km (juniors), terminant même 3ème au championnat de France.
  • Les filles n'étaient pas en reste : Anna Camus (sur 500m) et Mélanie Camus (sur 150m) devinrent championnes du Finistère, gagnant le droit de monter à Paris pour disputer le championnat de France.