12 DÉCEMBRE 1999

L'Ombre de l'Erika

Quand le drapeau noir a flotté sur Penmarc'h

Tout commence par une tempête d'ouest, force 8 à 9. À 6h du matin, le tanker Erika, chargé de 32 000 tonnes de fioul lourd, se brise à 30 milles de la pointe de Penmarc'h. Si le nom du navire est devenu synonyme de catastrophe écologique, on oublie souvent l'incroyable opération de sauvetage humain qui a précédé la marée noire.

Le canot SNSM dans la tempête
L'Erika sombre au large des côtes de Penmarc'h.

Le Repas d'Anniversaire Manqué

Le canot SNSM de Saint-Guénolé est en première ligne. Jacky Morvan, alors second patron, se souvient de cette mer démontée : il leur faudra 30 minutes pour franchir une distance qui en prend habituellement une seule.

Témoignage

« Nous sommes rentrés à Saint Guénolé vers 16 h 30. On avait passé la journée en mer [...] Dire que ce dimanche-là, on devait aller au restaurant pour l’anniversaire de ma femme ! »
- Jacky Morvan

Scène surréaliste : 6 rescapés de l'Erika sont déposés par hélicoptère sur la place du marché de Saint-Guénolé. En attendant les véhicules de secours, ces marins pakistanais se retrouvent à la boulangerie locale, achetant des viennoiseries au milieu des clients du dimanche matin, stupéfaits.

Archives France Bleu

Document : Rétrospective du naufrage et des conséquences (Source : France Bleu).

🦅 La caserne transformée en hôpital

Le 24 décembre, le cadeau de Noël est empoisonné : les premières galettes de fioul touchent la côte. Si Penmarc'h évite le pire de la marée noire (poussée vers l'Est), elle devient l'épicentre du drame des oiseaux.

La caserne des pompiers devient le QG de la collecte.

« Il y avait parfois des cartons jusqu’au plafond ! Il fallait les maintenir au chaud et dans l’obscurité. Mais 80 % mouraient... »

Pompiers et bénévoles se relaient jour et nuit pour tenter de sauver fous de Bassan et guillemots de la glue noire.

Sauvetage d'un oiseau mazouté
Bertrand Stéphan et Steven Le Du nettoyant un fou de Bassan. (Photo Vincent Munier)

"Pan dans l'Image !"

Le drame de Penmarc'h fut aussi médiatique. Les journaux du monde entier répétaient en boucle : "Naufrage au large de Penmarc'h".

Résultat : l'été suivant, les touristes fuient, persuadés que la Bretagne est noyée sous le pétrole. Le camping municipal perd 23% de fréquentation.

Dessin de Nono sur l'Erika
Le mot de la fin par le dessinateur Nono :
Un cadre de Total : « Et notre image de marque !! »
La Bigoudène : « Et la nôtre, Genaouek !! »