Figures de Saint-Guénolé

Auguste Dupouy

1872 — 1967

Il y a une cinquantaine d'années, on pouvait apercevoir sur les rochers du Lestr une ombre frêle, armée d'un haveneau. Malgré une cécité naissante, le vieil homme parcourait les trous d'eau avec agilité. Cet homme n'était pas un simple pêcheur à pied, c'était Auguste Dupouy, l'un des plus grands intellectuels bretons du siècle, et l'âme littéraire de Penmarc'h.

L'Enfant de l'Usine et de la Mer

Tout commence en 1880. Le petit Auguste a 8 ans. Il arrive à Saint-Guénolé non pas pour les vacances, mais parce que son père vient prendre la direction de l'usine Rouland (près de l'île Fougère).

Entre l'école et l'usine, il découvre ce que seuls les enfants des côtes connaissent : faire naviguer des bateaux en bois dans les flaques des rochers. Mais l'école l'appelle ailleurs : Brest, puis Paris. Il intègre la prestigieuse École Normale Supérieure (rue d'Ulm) et devient Agrégé de Lettres.

Pourtant, jamais Paris ne remplacera Penmarc'h.

Auguste Dupouy jeune
Le Professeur (1900)
En mer avec son fils
En mer avec son fils Pierre

L'Écrivain Pêcheur

Dès qu'il le peut, Dupouy quitte ses habits de professeur pour monter à bord des sardiniers de la baie d'Audierne. Il observe, il écoute, il apprend.

En 1927, avec son frère, il achète son propre bateau, le Scrafic. C'est de cette double vie — l'érudit parisien et le marin bigouden — que naîtront ses chefs-d'œuvre, notamment "Pêcheurs Bretons" (1920) et son autobiographie "Souvenirs d'un pêcheur en eau salée" (1953).

« Il profitait des bateaux qui vont pêcher la sardine pour découvrir la réalité de la pêche côtière... À bord, il observe, il discute, il participe. »
— Frédéric Bargain

Le Défenseur du Pays Bigouden

Installé dans sa maison du Lestr, il reçoit l'élite culturelle : les écrivains Charles Le Goffic ou Georges Lecomte, mais aussi les peintres Mathurin Méheut et Jean-Julien Lemordant.

Mais Dupouy n'est pas enfermé dans sa tour d'ivoire. Il se bat pour Penmarc'h :
• Il défend la sauvegarde de la Tour Carrée.
• Il documente les costumes bigoudens dont il perçoit la disparition prochaine.
• Il lutte contre les projets d'autoroute littorale et la privatisation du bord de mer par les touristes.
• Il démonte le mythe farfelu des "origines mongoles" des Bigoudens.

Avec les marins de St Gué
Avec les marins de St-Gué
Fête des Brodeuses
Fête des Brodeuses (Années 50)
L'Otium : La Sagesse du Lestr

À la fin de sa vie, retiré définitivement à Penmarc'h, Auguste Dupouy pratiquait ce que les Romains appelaient l'Otium : un loisir studieux et méditatif. Loin de l'agitation parisienne, entre l'écriture et la pêche à pied, il a fini ses jours en écoutant le ressac de Saint-Guénolé, jusqu'à son décès en 1967.

★ Des Chefs de la Résistance dans nos Rangs

Dans une chronique, Pierre Boënnec consacre une place d'honneur à deux figures de Saint-Guénolé : Jean-Marie et Pierre Dupouy, les fils d'Auguste.

Jean-Marie et Pierre Dupouy
Les frères Dupouy
État-Major Régional Ils siègent à la direction Bretagne du réseau "Turma-Vengeance", aux côtés du chef régional Victor Olivaux.
Le Sacrifice Ultime Arrêtés en 1944 pour leurs responsabilités, ils meurent en déportation en avril 1945.
« Ceux qui me plaignent sont à plaindre.
C'est pour vous rendre cette douceur de France que je suis tombé. »
— Jean-Marie Dupouy (Lettre de prison)