Portraits de Famille & Mémoire

Andréa Sénéchal

« Dédée » de Landévennec à Penmarc'h (1913 - 1980)
Un mètre quarante-sept. Pas un centimètre de plus. Le port altier, le pas pressé sur le granit de Penmarc'h. Une silhouette taillée pour tenir tête au vent de suroît.

Née à Landévennec en 1913, fille d'un instituteur de Tréboul, Andréa Seznec portait la République en bandoulière. En décembre 1936, elle est installée comme stagiaire, puis nommée institutrice adjointe le 1er octobre 1937 à Saint-Guénolé. L'année suivante, noces avec Jean Sénéchal. Un douanier – préposé d'octroi, pour l'exactitude de l'état civil – qui, le dimanche venu, mouillait le maillot en équipe première des Cormorans Sportifs. Une époque d'engagement pur, de maillots lourds de boue et de fraternité.

L'histoire, cependant, affectionne les détours. Le 1er mai 1946, elle sollicite de l'Inspecteur d'Académie sa mise en congé pour convenances personnelles afin de seconder son mari, qui vient de prendre la direction de l'usine Tirot à Saint-Guénolé. « Dédée » remise la craie pour la conserve et se fait contremaîtresse. Le monde poisseux du fer-blanc ne l'effarouche pas. Elle y invente le « thon à la catalane ». Une sauce rouge et or, une divine onction qui gagna les tables de l'Élysée avant de faire la fortune de Saupiquet.

Le 31 décembre 1960, après association avec les Établissements Cassegrain, l'usine Tirot ferme ses portes. Le poste de direction est supprimé sans possibilité de reclassement, tandis que Jean, frappé d'un accident vasculaire cérébral entraînant une hémiplégie droite, doit observer une longue période de repos forcé. Qu'à cela ne tienne : Madame Sénéchal réintègre l'Éducation nationale. Dans la "foulée" elle rachète la maison d'habitation qu'ils occupaient et qui appartenait à l'usine. Mais l'inaction lui pesant, elle fonde « Le Triskell » et sert des crêpes flambées à un canton qui n'en demandait pas tant. Partout, elle impulse, elle bâtit. Ce jeudi 20 janvier 1958, déjà, elle avait pris la présidence du Syndicat d'initiative, remplaçant Marcel Larnicol démissionnaire. À la tête de l'Amicale Laïque, elle orchestre la tradition ; elle crée la gavotte de Penmarc'h pour les « Korolerien an Aod ». Il fallut qu'elle l'exigeât avec rudesse pour que les garçons levassent la jambe plus haut que la coiffe de leur partenaire.

« Fini, le complexe de culpabilité du petit bretonnant. On mimait Skrafig le mousse. Per Jakez Hélias applaudissait la démarche. Bientôt, soixante classes du Finistère allaient suivre le sillage. »

Puis vint ce vendredi 15 septembre 1967. Nommée directrice de la maternelle publique de Saint-Guénolé, elle y fit entrer le bilinguisme français-breton par la grande porte. La langue des pontons et des aïeules, jusque-là frappée d'indignité, avait droit de cité. L'inspectrice départementale, Madame Favreau, soutint cette audace dans la transmission aux plus petits.

Elle portait encore un rêve, plus vaste : une « Thalasso au Viben ». Les plans étaient tirés, les crédits trouvés. L'affaire mourut pourtant dans les sables de l'administration, étouffée, silencieuse et oubliée, comme un préfet du Second Empire dans l'antichambre d'une sous-préfecture de province.

Partie en retraite en 1973, honorée de sa carte de membre des Palmes Académiques en 1979, elle s'éteint le 17 juillet 1980 à l'hôpital de Pont-l'Abbé, après un courageux combat contre la maladie. Elle habitait à Plomeur, à Korn-Gouez, ce coin sauvage dont elle avait trouvé le nom, où Jean aimait arpenter le chemin menant vers la mer – qu'il appelait ses « Champs-Élysées ». Refusant le repos plat des cimetières, elle avait décidé de léguer son corps à la Faculté de Brest. Ultime leçon de choses d'une femme qui redoutait par-dessus tout le gaspillage.

Andréa, nous ne t’oublierons pas.